J'ai traversé nez dans le guidon le quai de la ligne 12, ne pensant déjà plus qu'à ôter mes escarpins et à me glisser sous la couette, après avoir dispersé les effluves de fumée de quelques pschiits de Tartine & Chocolat. Ils étaient touchants l'un dans les bras de l'autre, grandes silhouettes noires enlacées, bras passés sous les manteaux de drap de laine, sa barbe rousse accrochant ses cheveux bruns en pagaille. Il lui chuchota quelques mots et elle rit, ils firent eux aussi ce trajet vers le bout du quai, mais main dans la main, avec d'immenses enjambées de grands.
La rame est arrivée, et une fois montée c'est avec surprise que je l'ai vu rester sur le quai, tandis qu'elle montait à regret. Et il a eu un long regard profond et triste. Un peu sans retour.
Alors, une fois engloutis par le tunnel, elle a posé son front sur la porte, indifférente aux regards curieux, et de sa main gauche, nous tournant le dos, a essuyé plusieurs larmes.
Je ne saurai jamais vraiment pourquoi elle était si triste, peut-être était - ce la fin ou simplement les déchirements du début, mais je me suis dit.
Seuls ou accompagnés, on finit toujours par pleurer lorsque le métro redémarre.
Peut-être que c'était la dernière fois qu'elle le voyait, qu'elle partait pour un pays étranger deux heures après, que lui était gravement malade, tout ça.
Moi ça me rappelle ce qui va se passer demain, sauf que ce sera un train, qu'il n'y aura pas de tunnel. Mais on s'en fiche de ça, les larmes, elles, c'est les mêmes.





