Robert Desnos (A la Mystérieuse, 1926)
Je n'aurai pas la mer mais j'aurai du soleil. Du froid sur mes joues roses et du vent dans la nuque. De l'air sur le pont d'Inea, balayant mes pensées, de l'odeur des embruns qui remontèrent le fleuve, amenant avec eux les désirs d'évasion qui me lèvent le matin.
J'aime ouvrir la fenêtre dans le froid glacial, et humer ce silence que nous offre l'hiver. M'engouffrer dans cet air comme dans un train, et donner à ce tourbillon mon souffle à moi, ma force, le laisser me vider, comme je laisserais faire les vagues si j'étais sur la digue. Ne plus penser à rien qu'à lutter contre cette curieuse force, et n'en repartir que plus forte, que plus pure.
C'est cela certainement que je suis allée chercher dans cette heure à pédaler, lundi, seule au coeur des bois, ce besoin de pureté, de perfection. De tout donner.
Je l'ai d'ailleurs dit "Rendre meilleur mon corps, à défaut d'avoir réussi avec mon esprit. En attendant mieux."
J'ai besoin de courir, de marcher, de respirer, pour me prouver que je sais vivre, encore.
Que ce souffle sur ma nuque, qui n'était qu'un rêve au matin, je l'aurai un jour.
Que ces mots que je dévore, je saurai me les approprier.
Que je n'aurai plus envie de pleurer un jour, quand je regarde les étoiles, comme ce soir au dessus de Paris.





