Je devrais faire des fiches. Je devrais apprendre par cœur. Je devrais bosser, bosser, bosser.
Mais je ne peux pas. Ma tête est ailleurs.
On se demande où.
Alors, plutôt que d'être sérieuse, je lis.
Alexandre Jardin, Françoise Sagan.
Des pensées légères, des sentiments forts. Des absolus, des idéaux.
Depuis quelques temps, j'avais oublié à quel point c'était réconfortant d'avoir un livre écorné, jauni, un vieux poche d'occasion, dans le fond de mon sac. Comme une petite marmotte blottie là pour hiberner, un petit secret caché, la certitude de passer un bon moment dès que quelques minutes libres se présenteront. Et une fois dans le métro, une fois à la laverie, à l'arrêt du bus, réveiller la marmotte et se vautrer dans ce vice délicieux, et tellement légal, qu'est la lecture. Une lecture exclue de toute analyse, de tout effort. De vraies petites pépites de plaisir volé au temps. Un peu de soleil sous la pluie, de l'extase sans stupéfiant, et surtout, cette joie que personne autour ne soupçonne, et qu'on a l'impression de vivre en douce.
Je m'invente des maux à la peau, des irritations, quelque chose me vrille l'épaule droite et ça me tend sous le pied gauche. Mais tout ça, c'est pour ne pas penser à la douleur au coeur. Je râle et je traîne des pieds, les soupes au lait tournent moins vite que moi. Je fais mon emmerdeuse, je râle contre les vendeuses, je boude dans les vitrines, je snobe les sourires et je couve mon portable mutique.
Si je ne me maquille plus systématiquement pour aller à la fac, c'est parce que je trouve qu'avec la frange c'est too much. Pour ne pas dire que les traînées noires sur les joues, c'est difficile à effacer dans le métro.
Comment peut on décider de moins tenir à quelqu'un ? Où est la commande, où est le bouton ?
Et pourquoi, pourquoi, pourquoi, est-ce que encore une fois je me retrouve dans une situation si compliquée alors qu'il y a tant de jolis garçons dans Paris ? Non, moi j'aime bien les 500 km, les 100€, les 2 ans d'écart (en moins).
Je me relis, et je m'ennuie moi-même.
C'est pernicieux, à chaque fois je n'y pense plus, et puis soudainement, c'est le coup de poignard dans le ventre. Entre deux phrases pendant une conversation, à la pub, au détour d'une pensée. Et soudain, l'uppercut. Et ça me rend irritable, désagréable, triste et songeuse, et ce le temps que la douleur se diffuse.
C'est douloureux, et puis ça repart, ne laissant qu'une légère boule à l'estomac. Le manque c'est comme ça, ça se réveille quand on s'y attend le moins, et ça repart aussi vite avec avec une célérité surprenante.
Il fait froid à Paris. Je n'ai plus de gants et je ne peux même pas glisser ma main dans sa poche pour la réchauffer.
Il fait froid à Paris. Je suis frileuse la nuit et je ne peux même pas glisser mes pieds entre les siens pour les réchauffer.
Il fait froid à paris. J'ai les lèvres glacées et je ne peux même pas les poser sur les siennes pour les réchauffer.
Il fait froid à Paris. Je n'ai pas de plaid dans lequel m'envelopper, et il n'est pas là pour me prendre dans ses bras et me réchauffer.
Il fait froid à Paris. Mon petit coeur est tout seul, et il ne peut même pas battre contre sa poitrine.
(pardonnez cet accès de mièvrerie, mais vraiment, il faut bien que quelqu'un les subisse)
Tout à l'heure, de jolis flocons virevoltaient mais bien vite c'est devenu une petite pluie fine et glaciale qui insidieusement traverse le bonnet, les gants, le gros gilet de laine. Le ciel, gris, lourd, bas et menaçant, ne laisse rien augurer de bon. Je me suis barricadée à la maison, grande maison vide quand les parents partent prendre le café chez les voisins. Le froid se glisse jusqu'à mes doigts, me fait rêver de ma glisser sous la couette avec un bon livre.
Je vole un peu de soleil sur le site d'Iberia et sur Homelidays, notre nouveau projet de voyage de fille est né hier sur une subite envie de Primark ; ça sera Madrid. Un appart, 5 filles, des guides de voyage et pas un mot d'espagnol dans nos cervelles.
Et je pense à lui, lui qui est si loin là où la neige a un peu tenu, lui qui travaille contrairement à moi, comme un forcené, lui qui n'a pas le temps de penser à moi en permanence quand je pense à lui. Et ces derniers jours l'espoir de le revoir me semble de plus en plus ténu, et les obstacles de plus en plus grands, la distance, le prix, ses concours, le temps, ses parents, aussi. On se connaît depuis bien longtemps mais je commence à peine à le découvrir, et n'avoir eu que ces trois jours pour nous deux avant d'être séparés me semble encore pire que si on ne s'était pas vus du tout.
Le silence et le manque m'engourdissent, j'attends quelque chose, mais quoi.
Aujourd'hui est un dimanche dans toute sa splendeur, laid et gris, taciturne et ennuyeux.
Edit 22:05 : Mais au moins, quand je m'ennuie, je me concocte des repas équilibrés rigolos comme chez Mc Do, en vachement meilleur et en vraiment plus beau !
Aller courir dans son quartier quand on habite au pied de la butte montmartre, c'est pas une bonne idée. Si tu descends, tu te retrouves devant les galeries lafayettes, alors en sueur et en jogging devant le temple de la mode et au milieu de la foule, c'est pas une bonne idée.
Mais si tu montes, tu meurs.
Et en prime, à pigalle on te demande combien tu prends.
Ma basket dans le cul, connard.





